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Mesure de la dynamique des équipes performantes : premiers enseignements ?

Les équipes ultra performantes, dont les modèles paraissent souvent  inatteignables, voir inaccessibles, sont moins mysterieuses depuis qu’ Alex « Sandy » Pentland, professeur au MIT, a trouvé le moyen de mesurer l’impact de la communication non verbale entre les membres d’équipes de plusieurs entreprises. Les résultats de l’étude, qui a duré sept ans, ont été publié et commenté à travers l’article de la Harvard Business Review « The New Science of Building Great Teams » [1]

Grâce à des appareils sophistiqués, l’alchimie de la réussite est mise à jour: les informations sont collectées par le moyen d’un appareil électronique capturant les sons de la voix et le langage corporel, en fonction du type d’activités exercés. Alors qu’il était dans le passé difficile de capturer l’éventail des nuances du comportement humain, les récentes avancées technologiques du sans fil, et l’apparition de nouveaux détecteurs, amènent à dépasser certaines limitations, arrivant à cerner cet insaisissable « It Factor ». Les badges conçus au MIT génèrent plus de 100 points d’informations à la minute. Ils furent déployés à travers 21 organisations au cours des sept dernières années, mesurant les modèles de communication d’environ 2500 personnes. Les badges produisent des mesures « sociometrics » comprenant les interactions entre les membres: le ton de la voix, la gestuelle, leur temps d’écoute, de parole, le nombre de leurs interruptions et le niveau d’extraversion et d’empathie.

Chez les meilleures équipes, plusieurs caractéristiques ont été identifiées: chacun s’exprime et écoute dans une durée de temps égale, apportant des contributions courtes et douces, tout en gardant une gestuelle énergique; les membres privilégient la communication face-à-face tandis que lors de réunions, ils s’adressent de manière directe à un autre membre, sans passer par le leader. Ils échangent les uns après les autres et il arrive que les membres aillent tirer des informations à l’extérieur de l’équipe pour y revenir.
Une autre donnée essentielle de l’étude révèle que le raisonnement individuel et le talent ne contribuent pas moins au succès d’une équipe qu’escompté. En effet, la clé de la performance d’une équipe ne réside pas dans le contenu d’une discussion d’équipe, « le pourquoi », mais de la manière dont cette discussion est menée, « le comment ». La communication non verbale serait donc aussi importante que d’autres facteurs tels que l’intelligence individuelle ou la personnalité.

Trois notions clés se dégagent donc de cette étude :

- L’énergie : elle se mesure par le nombre et la nature des échanges. La forme de communication qui a le plus de valeur « en énergie » reste le face à face. Viennent ensuite les vidéo conférences. En dernier figurent les échanges par e-mail et les sms.
- L’engagement : il dépend de la distribution de l’énergie parmi les membres. On constate que dans une équipe de 3 personnes, si tous les membres de l’équipe connaissent une distribution de l’énergie équivalente, l’engagement sera extrêmement fort.
- L’exploration: cette notion  correspond à l’investissement en terme de communication engagé par l’équipe vers l’extérieur, et notamment vers d’autres équipes. Les équipes ultra-performantes recherchent davantage les contacts externes à l’équipe.

Par ailleurs, l’étude a montré que les notions d’exploration et d’engagement ne coexistent pas forcément facilement. L’ énergie étant une ressource finie, elle est alors employée dans deux voies différentes. Mais il est souligné que les équipes les plus créatives parviennent à osciller aisément entre ces deux tendances.

Ces résultats ne surprendront pas les coachs d’équipe aguerris, cependant souhaitons que l’apport d’une certaine objectivation de la dynamique de groupe développe l’attention portée à cette composante clef de la performance et de la vie collective.

 

 

Céline Chadelat avec Emmanuel Mas

 

[1] Alex « Sandy » Pentland, The New Science of Building Great Teams, Harvard Business Review, Juin 2012. Extraits en anglais  : http://blogs.hbr.org/cs/2012/03/the_new_science_of_building_gr.html

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